En Suspens

Juin 2020

Les premiers jours du confinement, j'étais paralysée dans mon appartement à Toulouse, je ne parvenais pas à aller dehors. L’air était figé d'émotions et de manque d'émotion, de sensation d'envahissement et de solitude. La nature à travers les vitres semblait disparaitre, n'était plus qu'une abstraction. Un matin j'ai pris mon appareil photo, j'ai poussé la barrière et je suis allée devant chez moi au bord de la Garonne interdite. Puis j'y suis retournée chaque jour. Cette série est née dans ce temps suspendu.

 
 
 

Extraits de correspondance

« Dehors est plutôt hostile voir effrayant. Et dehors me manque dans les balbutiements du printemps. Jusqu’à hier je pouvais encore marcher le long de la Garonne et du petit bois bruissant d’oiseaux et d’écureuils. »

« Tu as de la chance de vivre à la campagne, de sortir sans crainte et de ressentir sans entrave les joies du vent sur ta peau. Moi j’ai envie de faire l’amour avec un arbre ! »

« Voilà bien une autre chose étonnante dans cette période folle, nous rions beaucoup... »

« Les feuillages fraichement nés criaient de lumière et se détachaient sur l’eau noire, les oiseaux glissaient en pointe dans le ciel haut, d’autres secouaient les arbres, et plus loin le petit bois traversé de rayons respirait de leurs chants.
Une haleine régulière de trilles joyeuses dans les feux de fleurs jaunes allumés sur la rive. »

« Je regardais le pont du stadium désert, la ville derrière semblait une maquette endormie. A cette heure — autrefois, les voitures se disputaient des centimètres, d’une rive à l’autre. Le pont désert s’anima soudain du passage incongru d’un bus, dont les fenêtres à contre-jour dénonçaient la totale vacuité. Le monde semblait fonctionner parfaitement sans nous. »

« Oui nous prendrons un train, qui se frayera un passage dans les herbes hautes, et nous nous retrouverons. »